Je suis membre de
l'équipe de théorie
ergodique et systèmes dynamiques du laboratoire analyse,
géométrie
et applications (institut Galilée, université Paris-13).
Depuis septembre 2007, je suis en délégation CNRS au
laboratoire de mathématiques et physique théorique
(faculté des sciences et techniques, université de Tours)
et fais partie du groupe probabilités
et théorie ergodique.
Voici un aperçu
de mes travaux.
Suites de Fibonacci aléatoires
Une
suite de Fibonacci aléatoire
est une suite dans laquelle la règle classique f(n)
= f(n–1)+f(n–2)
est remplacée par f(n) = |f(n–1)±f(n–2)|,
où le signe
± est fixé aléatoirement pour chaque n selon une loi de Bernoulli de
paramètre p. Dans le
cas p = 1/2, Divakar
Viswanath
a montré en 2000 que presque toute suite de Fibonacci
aléatoire
a une croissance exponentielle de facteur 1,1319…
Une idée consiste alors
à représenter l'ensemble des suites de Fibonacci
aléatoires sous la forme d'un arbre binaire, dans lequel chaque
enfant droit (resp. gauche) est étiqueté par la
somme (resp. la différence) de son parent et de son grand
parent. En supprimant dans cet arbre tous les sommets (et leurs
descendants) qui sont enfants gauches de fils gauches, on obtient un
arbre, noté R3
(voir ci-dessous) qui semble n'avoir jamais été
étudié auparavant malgré sa simplicité et
sa richesse. Cet arbre m'a notamment permis de déterminer une
caractérisation algébrique explicite du facteur de
croissance moyen de ces suites et, avec Élise Janvresse et
Thierry de la Rue (CNRS, université de Rouen), une
caractérisation explicite du facteur de croissance presque
sûr la sous forme de l'intégrale du logarithme naturel
selon une mesure construite à partir des intervalles de
Stern-Brocot et d'un paramètre explicite défini en
fonction de p.
Les liens entre suites de Fibonacci aléatoires et
fractions continues sont nombreux et présentent un
intérêt propre. Nous nous intéressons actuellement
à la généralisation donnée par la
règle f(n) = |lkf(n–1)±f(n–2)|, où lk
est la valeur 2cos(π/k) (avec k entier au moins égal
à 3). Cette généralisation utilise un arbre Rk qui possède des
propriétés combinatoires qui étendent de
façon très naturelle celles de R3. En particulier, des liens profonds existent avec une
généralisation des fractions continues proposée
par David Rosen en 1954 dans le cadre de la géométrie
hyperbolique, les lk
étant les seules valeurs l
pour lesquelles le groupe engendré par z —> -1/z et z —> z–l
est discret.
Spectre de Markoff
Méthodes de
calcul de sous-suites de réduites d'un irrationel quadratique
Georg Rieger, Takao Komatsu
et Edward Burger se sont posés la question de déterminer
une fonction pour laquelle l'itération de la méthode de
Newton
donne un maximum de réduites d'un irrationnel quadratique
(appliquer
Newton au polynôme minimal de ce quadratique donne, en vertu d'un
résultat de Joseph-Alfred Serret, une sous-suite de la suite des
réduites et dont la croissance est en 2n). En prolongeant
leurs idées, il est possible d'obtenir un résultat
optimal
sur ces fonctions ; il est aussi possible de s'intéresser
à
d'autres méthodes que celle de Newton et d'étudier la
liste
des réduites obtenues par l'application d'autres algorithme,
comme
celui
de la sécante et celui de la fausse position. On en
déduit des sous-suites de réduites indicées par
des suites récurrentes. Dans le cas de la méthode de la
sécante, par exemple, on peut obtenir pour une classe assez
large d'irrationnels quadratiques la sous-suite de
réduites donnée par p0/q0, p1/q1, p2/q2, p4/q4, p7/q7, p12/q12, …,
indicée par la suite de Fibonacci décalée d'une
unité.
Cohomologie bornée
Un groupe G étant donné, un
quasi-morphisme de G est une
application f de G dans R telle que l'expression |f(gg')–f(g)-f(g')|
est bornée indépendamment des éléments g et g' de G. Un
quasi-morphisme f
étant donné, on peut considérer son bord df défini par df(g,
g') = f(g)–f(gg')+f(g').
Ce bord est le représentant d'une classe de 2-cohomologie
bornée de G, ce qui
motive la définition de quasi-morphisme.
Notons L le groupe libre à deux
générateurs a
et b. Si G est tel qu'il existe un morphisme
surjectif de G sur L, alors on peut trouver une
infinité de quasi-morphismes sur
G linéairement indépendants. Pour le
démontrer, Brooks a considéré, pour tout h,
la fonction bh définie par bh(g):=nh(g)–nh–1(g), où pour tout x
de G nx(g) désigne le nombre de fois
où l'écriture réduite de en fonction des
générateurs a
et b se retrouve dans celle
de g.
Avec Jean-Claude Picaud
(université de Tours) et Ryuji Abe (université de Caen),
nous avons commencé à étudier quelques exemples de
représentations lorsque G =
SL(2, Z), dans l'idée
d'étudier la classe bornée dite classe d'Euler, qui a
été étudiée notamment par Jean Barge et
Étienne Ghys. Cette classe est représentée par le
bord d'un quasi-morphisme R
qui s'obtient de façon explicite à partir de
générateurs bien choisis. Nous nous posons notamment la
question de savoir si à toute représentation r de L dans SL(2, Z) correspond un h pour
lequel la classe born\'ee de d(Ror) est égale à celle
de dbh. (La
réponse est affirmative dans tous les exemples que nous avons
étudiés.) La synthèse de toutes les situations qui
peuvent se présenter semble passer par la "décomposition
en fraction continue'' des éléments r(a)
et r(b) de SL(2, Z).
Nous cherchons également
à caractériser géométriquement le
quasi-morphisme R, en
tâchant de l'interpréter comme le nombre de tours d'une
géodésique fermée sur une surface
appropriée.
Nombres "exotadiques"
Fractions continues
Parmi les multiples extensions de la
théorie classique des fractions continues, on peut
considérer
le cas où les quotients partiels ne sont pas des entiers mais
des
éléments de bZ,
où b est un
réel fixé. Le cas de fractions continues de ce genre
où b
prend certaines valeurs entre 1 et 2 a été
étudié
par Rosen, il est aujourd'hui étudié par divers auteurs
comme
P. Arnoux, T. Schmidt et C. Kraaikamp, essentiellement dans
l'idée
que, pour b de la forme
2cos(π/n), le groupe
engendré par les transformations
z —> 1/z et z —> z+b
est discret. Rien ne semble en revanche avoir été
étudié pour le cas b
> 2 : en regardant ce qui se passe pour
des b "simples" (typiquement
: des b quadratiques, et plus
précisément
des "nombres d'or", c'est-à-dire dont le développement en
fraction continue usuel est du type k+1/(k+1/(k+1/k+…))), on observe
des résultats intéressants, comme la possibilité,
pour certains b, de disposer
d'un analogue du théorème "d'Euclide"
selon lequel le développement d'un réel x en fraction continue
est fini si, et seulement si, x
est rationnel (ce qui donne ainsi un moyen
de construire des nombres irrationnels).
Théorie de
l'équirépartition modulo
1
Considérons les suites données
par des combinaisons linéaires de termes de la forme t·P(n)·cos(nx),
où P est un
polynôme et t et x deux réels fixés.
Ces suites, dites oscillantes, ont été
étudiées
dans une série d'articles de Berend, Boschernitzan et Kolesnik.
À l'aide d'outils comme la discrépance de suites de
Kronecker
(de la forme (na)n, avec a réel, ou vecteur de Rd)
et un lemme métrique de Koksma sur la distribution presque
partout
modulo 1 de suites dont les termes sont suffisamment souvent
"éloignés"
les uns des autres, j'ai démontré que, quel que soit P et quel
que soit x, ce type de suite
est uniformément répartie modulo
1 pour presque tout réel t
(le cosinus pouvant être remplacé
par à peu près n'importe quelle fonction
périodique
disposant d'un minimum de régularité). La
démonstration
complète nécessite une analyse fine des
propriétés
diophantiennes du nombre x.
Lorsqu'on considère des combinaisons
linéaires où le nombre x
n'est pas le même dans les
différentes expressions t·P(n)·cos(nx), on a
affaire à un
problème qui nécessite le recours à des
approximations
diophantiennes multidimensionnelles.
Ces résultats trouvent une application en
théorie
ergodique au travers de la convergence ponctuelle de moyennes dites
"non-conventionnelles"
: à partir d'idées initiées par Emmanuel Lesigne,
on démontre en effet que l'équidistribution modulo 1 des
suites précédentes implique que, quels que soient les
transformations
linéaires du tore de dimension d
notées A1, A2,…,
Ak, et les fonctions f1, f2,..., fk
de
Lk, les moyennes "diagonales" des
termes de la forme f1(A1(x))·f2(A2(x))…fk(Ak(x))
convergent pour presque tout x.
Dans
la thèse que j'ai soutenue en 1999
à l'université de Tours sous la direction d'Emmanuel
Lesigne
est introduite la notion de "disjonction faible" d'un couple de
transformations
S et T préservant la mesure m
d'un même espace probabilisé
(X, A, m). D'après le
théorème de Birkhoff, pour presque
tout point (x, y) de l'espace produit X2, la moyenne des
valeurs
prises par une fonction de L2(X2) sur les premiers
itérés de (x, y) sous l'action du couple (T, S) converge
vers la norme L2
de cette fonction. La disjonction faible est
la propriété qu'ont certains couples (S, T) d'être
tels que l'ensemble de ces points (x,
y) (qui dépend de la
fonction
considéré) contient un pavé de mesure 1 (un
ensemble
de la forme A×B, avec A et B de mesure 1). L'étude de
la disjonction
faible a fait l'objet d'une publication en collaboration avec Thierry
De
La Rue (CNRS, université de Rouen) et Emmanuel Lesigne
(université
de Tours).
Liste des publications
avec Élise
Janvresse et Thierry de la Rue, "How fast do Random Fibonacci sequences
grow ?" (Probability
Theory and Related Fields, à paraître)
avec Ryuji Abe,
"Quasi-palindromy of elements of PSL(2, Z) associated to the Markoff
spectrum", WORDS 2007, Proceedings of the 6th
International Conference on Words, Marseille, France, September 17-21,
2007.
"On the Average Growth of Random Fibonacci Sequences", Journal of Integer Sequences, 10 (2007), n°2, article 07.1.4
"Équidistribution presque partout modulo 1 de suites oscillantes perturbées III - cas liouvillien multidimensionnel" (Journal of Number Theory : doi:10.1016/j.jnt.2006.03.009).
"Équidistribution presque partout modulo 1 de suites oscillantes perturbées II - cas liouvillien unidimensionnel", Colloq. Math., 96 (2003), n° 1, 55--73.
avec Emmanuel Lesigne et Thierry de la Rue, "Weak disjointness of measure-preserving dynamical systems", Ergodic Theory Dynam. Systems, 23 (2003), n° 4, 1173--1198.
"Équidistribution presque partout modulo 1 de suites oscillantes perturbées", Bull. Soc. Math. France, 128 (2000), n° 3, 451--471.
"Équidistribution
presque partout modulo 1 de suites
oscillantes", C. R. Acad. Sci. Paris Série I Math.,
327
(1998), n° 4, 339--342.
Quelques articles en
préparation
avec Élise Janvresse et Thierry de la Rue : "On the growth rate of the average of some generalizations of random Fibonacci sequences"
avec Élise
Janvresse et Thierry de la Rue : "Almost sure growth rate of some
generalizations of random Fibonacci
sequences"
"On subsequences of convergents to a quadratic irrational given by some numeric schemes".
"Sur des fractions
continues à quotients partiels
dans bZ, où b > 2".